J'ai mis du temps à rentrer dans le livre. D'abord, le sujet ne m'attirait pas. J'ai insisté car il m'était prêté par une personne qui lit beaucoup et qui me l'a recommandé.
Il a fallu que je dépasse la moitié du livre pour ne plus pouvoir le lâcher. Construction classique avec chapitres en flash-backs qui alternent avec ceux au présent. Ce livre est construit sur
l'attente de chacun des deux personnages principaux, Grey et Shi. Mais c'est une attente active. Ils tentent d'arriver à leurs fins, par tous les moyens.
J'ai beaucoup aimé le personnage de Grey, touchant, original par sa culture curieuse de l'Asie. Elle a 20 ans mais en paraît cinq de plus. Elle a vécu.
Un élément essentiel du livre : le personnage du méchant. Durant tout le livre, il est sous nos yeux, inoffensif, ou plutôt sous les yeux de Grey. La tentation aurait été facile pour l'auteur de
créer une relation trouble entre eux, où l'érotisme aurait été présent. Rien de tel. Nous savons qu'il est méchant, dangereux, mais nous ne savons pas pourquoi. La distance de l'auteur est
prudente.
Aussi, quand, à la fin, il se dévoile dans toute son horreur, l'effroi du lecteur est intact. Un effroi qui perdure plus tard.
Nous sommes loin de, à ce que j'ai lu dans la presse et entendu de lecteurs car je ne l'ai toujours pas lu, la complaisance des
Bienveillantes de Jonathan Littel vis-à-vis du criminel.
Avec
Tokyo de Mo Hayder, il n'y a pas de compréhension possible, pas de circonstances atténuantes.
La force du livre tient à son contexte. Il s'agit d'une histoire personnelle inscrite dans la grande Histoire. Là non plus, rien de nouveau, mais ça marche toujours. Cela m'a permis d'en apprendre
davantage sur les crimes de guerre des Japonais. Il semble que le voile ne soit pas encore levé complètement.
Mes réserves concernent les descriptions qui provoquent le dégoût des crimes perpétrés par les yakuzas. Je m'en serais aisément passer, d'ailleurs, je sautais les passages.
Enfin, Grey, personnage un peu trop énigmatique. Notamment, l'origine de son traumatisme est à la limite de la crédibilité.