Vient de paraître le cinquième et dernier tome de la correspondance de Flaubert.
Une correspondance, c'est encore plus intime qu'un journal du même nom. Par la lettre, l'auteur se livre comme jamais. Rien n'est plus émouvant, touchant qu'une correspondance. A travers la sienne,
Flaubert laisse transparaître l'écrivain, le bourreau de travail, travail qui l'obsède, qui occupe sa vie, son sommeil, suinte par tous ses pores. Pour lui, écrire est une souffrance, parce qu'elle
tend à cette perfection toujours espérée jamais égalée. A travers sa correspondance, on perçoit l'acharnement qu'il met à peaufiner chaque phrase, à chercher le bon rythme, la juste harmonie des
mots. Même s'il parle du "grand ressort", avec lui, l'inspiration est un courant d'air. Elle ne fait que donner le premier (ou le dernier?) souffle. Même s'il disait "Madame Bovary, c'est moi", il
ne se laisse pas dévoiler dans son oeuvre. Il laisse toute la place aux mots et à leur splendide gloire.
Aujourd'hui, l'écrivain est son oeuvre. Autofiction oblige, télévision superlative, l'écrivain se montre, comme un livre ouvert, à travers ses mots. Beigbeider, Christine Angot, Houellebecq,
dans une moindre mesure Virginie Despentes, par exemple, incarnent leur oeuvre et s'incarnent en elle. L'écrivain est un spectacle en soi. Ou il n'est rien. Ceux qui s'en défendent, comme Modiano,
ou s'en sont défendus finissent par s'en faire une coquetterie.
Il restait Julien Gracq, qui, tel Flaubert, ne voulait de place qu'à l'oeuvre.