LA FILLE QUI RÊVAIT D'UN BIDON D'ESSENCE ET D'UNE ALLUMETTE.
Etrangement, ce second tome est à la fois bien meilleur et bien moins bien écrit que le premier.
On retrouve, sans surprise, la traduction épouvantable qui donne une fort mauvaise impression du style de Stieg Larsson.
L'intrigue met une centaine de pages à démarrer. Le nombre de personnages contribue à créer un sentiment de confusion, surtout quand tous les méchants sont grands, blonds, aux yeux bleus, ce qui,
en Suède, ne constitue pas un signe distinctif en soi.
On retrouve le style "détailliste" du premier tome, qui donne envie de survoler certains passages, quand par exemple l'auteur nous raconte sur la moitié d'une page comment Lisbeth fait le ménage
(elle prend des sacs poubelles noirs, les remplit, les entasse dans l'entrée pour les descendre plus tard, passe l'aspirateur et une serpillère humide (certes, c'est plus efficace que sec et c'est
important de le préciser...), etc.), ou les réunions d'AG du magazine Millénium avec le nombre de parts que détient chacun et son nombre de votes, etc.
Tous ces détails n'apportent pas grand chose à l'action et bien peu à la connaissance des personnages, mais j'ai l'intuition que ce remplissage contribue au succès du livre. Cela représente comme
le hors champ de l'écriture, les coulisses que l'auteur nous montre de ses personnages, ce que généralement on passe sous silence parce que sans intérêt. D'une certaine façon, c'est le principe de
l'autofiction de certains romans français. L'autofiction de la fiction en quelque sorte. Indéniablement, savoir que Mickael urine en premier à son réveil nous le rend proche de nous (sic). Il
faudra que j'essaye dans un de mes prochains livres cette forme de proximité.
A côté de ça, l'intrigue nouée, renouée, torturée dans tous les sens, finit par nous accrocher jusqu'au bout. Ce tome fait le tour du personnage de Lisbeth, nous la rendant très touchante. Cette
fille est indéniablement une sacrée réussite littéraire. Pas étonnant que c'est ce tome que le cinéma ait choisi d'adapter. Sous ses airs d'intrigue classique (prostitution), l'histoire suit des
tours et détours pour nous conduire au coeur d'un drame familial épique.
La traque de Zala n'est pas sans rappeler celle de Keyzer Soze dans USUAL SUSPECTS, mais la ressemblance s'arrête là.
MILLENIUM est aussi une curiosité sur la société suédoise. Les toilettes sèches y sont presque ordinaires, de même qu'un petit-déjeuner d'un sandwich foie-salade (beurk!). On y apprend que la Suède
n'a pas opté pour l'euro (pour ceux qui, comme moi, l'auraient oublié, ou jamais su). Et, comme dans les romans de Hennig Mankell, les Suédois apparaissent comme un peuple sensible (la plupart des
crimes décrits comme abominables paraît le commun du genre aux lecteurs de polars américains et même français) et civilisé (voir la scène où un flic suédois regrette de ne pouvoir agir comme ses
collègues grecs qui menottent et matraquent à tour de bras), mais aussi macho que les autres (les femmes ont certes un statut et une position mais qu'elles doivent avec autant d'opiniâtrété que
leurs copines du reste de l'Europe).
La littérature fait plus pour l'Europe que les plus grands discours !
Allez, j'attaque le troisième.