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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 18:20

Bonjour !
 

J'ai le plaisir de vous proposer un nouvel atelier d'écriture le dimanche 26 février 2017 :
Images intégrées 1

 

Thème : L'imagination au pouvoir ! Développez votre créativité !

Le contenu de l'atelier du 26 février vous permettra d'explorer de nouvelles façons de stimuler votre imagination.

L'imagination s'apparente à un muscle que l’on peut faire travailler à l’aide d’une gymnastique adaptée.

Je vous ferai des propositions d'écriture qui vous aideront à développer votre créativité et à convoquer l'inspiration. Collages, tableaux, couleurs, journaux seront mis à contribution. Je ne vous en dis pas plus pour garder un peu de surprise... ☺

 

 

Je serai l'intervenante de cet atelier d'écriture.
Animant des ateliers d'écriture depuis 2001 dans de multiples cadres, je suis écrivain, auteur de six livres publiés dont 4 romans aux éditions Calmann-Lévy et traduits dans une vingtaine de pays.
J'accompagne également à titre individuel des personnes qui ont un projet d'écriture. A ce jour, 4 de mes participants ont publié au moins un livre.

J'assure des cours d'écriture à l'Université de Toulouse Jean-Jaurès dans le cadre du Master de création littéraire.

Pour en savoir davantage, je vous invite à visiter mon site : www.muriel-romana.com

ou mon blog : http://ecrire.over-blog.com/

 

 

Lieu de l'atelier : Toulouse (quartier des Minimes)
Horaires : de 10h-17H (apporter son pique-nique)
Tarif :
55 euros (tarif réduit possible)
 
N'hésitez pas à me contacter pour tout renseignement complémentaire ! 😊
 
A bientôt,
 

Muriel Romana

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 14:12
Tout le monde veut l’égalité salariale. Mais Christophe Barbier a l’obligeance de nous expliquer pourquoi tout le monde a tort. Car si l’idée est bien “jolie”, elle est dangereuse pour notre économie… Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le Féminisme ! veut expliquer à Christophe Barbier que le véritable danger est de défendre un système violent et inique, le patriarcat.

Mardi 10 janvier, Christophe Barbier déclenchait la polémique en déclarant à propos de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes : « Les entreprises vont avoir beaucoup de mal à encaisser ce surcoût de main d’œuvre ». Il qualifiait même cette idée « d’utopiste », qui, si elle était mise en œuvre, obligerait les entreprises à licencier. En bon chien de garde, Christophe Barbier a essayé de défendre le modèle dans lequel il a prospéré : celui d’une économie patriarcale. C’est à dire un système où la surexploitation des femmes est source de valeur.

Je pourrais m’arrêter et considérer que répondre plus en détails reviendrait à perdre mon temps.  Sauf qu’en tant que femme, et en tant que féministe, j’en ai marre d’entendre et de lire que nous sommes responsables de tous les maux de la terre.

L’égalité salariale est une utopie ? Ça veut dire qu’on vous fait perdre votre temps. L’égalité salariale conduirait à des licenciements ? En fait, c’est ça notre plan machiavélique. D’ailleurs on a oublié de vous le dire, mais le chômage c’est de notre faute aussi : si on retournait à la maison, on libérerait des emplois. C’est peut-être ce que croit Christophe Barbier, au fond.

Alors avant même de démonter son raisonnement, j’aimerais m’étonner de la première phrase qu’il a prononcée pour introduire le sujet : “Si on paye les femmes comme des hommes, à compétences égales, et tout le monde le souhaite...”

Quel besoin avait-il de dire cela ? Alors que son propos visait justement à montrer le contraire ? Voulait-il se draper de bonnes intentions ? Se prémunir de la critique ? Anesthésier l’analyse féministe ?

Le souhait d'égalité n'est pas une pirouette rhétorique

La vague de réactions sur les réseaux sociaux a montré l’inefficacité du procédé. Le souhait d’égalité ne peut pas être brandi à tout bout de champ, ça n’est pas un talisman, ni une pirouette rhétorique. On le réaffirme dans la nouvelle campagne d’Osez le Féminisme ! :  “L’égalité n’est pas une promesse. C’est notre combat.”

Il faut rappeler que le principe de l’égalité salariale est inscrit dans la loi depuis 1972, renforcée par différentes lois sur l’égalité professionnelle (Loi Roudy de 1983, loi de 2006). Et pourtant les écarts de rémunération restent énormes : 26% de différence de revenu entre les femmes et les hommes, 13% à poste égal, et 42% au moment de la retraite. Ces discriminations sont inacceptables et surtout illégales au regard des textes en vigueur depuis 45 ans. On ne dit donc pas “d’un seul coup” qu’il faut l’égalité salariale. L’égalité salariale n’est pas une utopie, c’est la loi. Ou quand les féministes défendent l’ordre juridique face à un éditorialiste anarchiste sévissant à l’Express

L'égalité salariale n'est pas une utopie, c'est la loiMaintenant, petite révision d’économie : les salaires ne sont pas un coût. Il faut sortir le nez du compte de résultat et se souvenir que les salaires sont la transaction qui permet à l’entreprise d’accéder à un travail, un travail qui lui permet de créer de la richesse. Et tant que l’on n’aura pas prouvé que la productivité d’un-e salarié-e ne dépend pas de la présence ou non d’un pénis dans son pantalon, embaucher une femme et la payer moins cher que son collègue masculin permet purement et simplement à l’entreprise d’augmenter cyniquement sa marge sur le dos des femmes. Ces inégalités salariales sont donc une manne qui permet mécaniquement aux entreprises de gonfler les salaires des hommes, et de grossir leurs bénéfices. Les supprimer n’est que justice.

Lors de cette intervention, Christophe Barbier réagissait à des propos de Jean-Luc Mélenchon. Il a résumé le tout en disant que ces “propositions sont assez jolies, assez utopistes, et finalement participent à une amélioration de l’humanité et ne tiennent pas la route quand on veut les appliquer”. Il fallait s’arrêter à “amélioration de l’humanité”. Quand on reconnaît que l’égalité salariale permet un tel progrès, il faut se donner les moyens de la réaliser. Agir autrement ça n’est pas seulement renoncer, c’est se compromettre. On ne peut s’empêcher de penser à la gamme d’arguments déployée par les états du sud des Etats-Unis, à l’époque où l’abolition de l’esclavage était à leurs yeux une terrible menace sur leur système économique.

Christophe Barbier a un angle mort, celui des femmes

Christophe Barbier est en fait plongé dans une dystopie effrayante qui l’empêche de réfléchir de manière rationnelle. Il semble convaincu que le système actuel est viable, et qu’il peut perdurer. Comme beaucoup d’autres, il a un angle mort, celui des femmes. Grâce à cela il est aveugle aux violences économiques que nous subissons de plein fouet, il ignore la précarisation spécifique à laquelle nous faisons face.

Payer les femmes comme des hommes n’est pas un surcoût. Nous ne voulons pas être payées comme des hommes. Nous voulons être payées, comme des femmes. Nous voulons êtes payées, tout simplement.

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 19:00

Bonjour à toutes et à tous !

Comme vous le savez, je me fais rare à Toulouse. J'y serai le 27 novembre pour animer un atelier d'écriture !

Atelier d'écriture : écrire sur soi

Le contenu de l'atelier du 27 novembre vous permettra d'explorer de nouvelles façons de vous raconter. Je vous ferai des propositions d'écriture autobiographiques inspirées d'Edouard Levé, Nancy Huston, Philippe Delerm ou Georges Pérec. Je ne vous en dis pas plus pour garder un peu de surprise...

Je serai l'intervenante de cet atelier d'écriture.
Animant des ateliers d'écriture depuis 2001 dans de multiples cadres, je suis écrivain, auteur de six livres publiés dont 4 romans aux éditions Calmann-Lévy et traduits dans une vingtaine de pays.
J'accompagne également à titre individuel des personnes qui ont un projet d'écriture.
J'assure des cours d'écriture à l'Université de Toulouse Jean-Jaurès dans le cadre du Master de création littéraire.

Pour en savoir davantage, je vous invite à visiter mon site : www.muriel-romana.com


Lieu de l'atelier : Toulouse (quartier des Minimes)
Horaires : de 10h-17H (apporter son pique-nique)
Tarif : 55 euros (tarif réduit possible)
 
N'hésitez pas à me contacter pour tout renseignement complémentaire !
contact@muriel-romana.com
 
A bientôt,
 

Muriel

 
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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 09:11
Versailles, une série en plaqué or

J'ai vu l'intégrale de la saison 1.

Attention SPOILER.

Déjà, il faut passer sur le fait qu'elle a été tournée en anglais, voir le plus grand roi de France parler anglais a du mal à passer (même Napoléon se retournerait dans sa tombe : petit clin d'oeil au très bon livre "Re-vive l'empereur" de Romain Puertolas). L'esthétique plutôt sombre semble loin des fastes dorés du Grand Siècle. L'acteur George Blagden chargé d'incarner Louis XIV s'en sort plutôt bien. Mais son personnage manque de... majesté, un comble pour un roi-soleil. L'ensemble manque en fait de panache. On est loin d'un Cyrano ou d'un Dumas. Les décors et costumes sauvent la série. Quelques réserves encore. Le palais semble inhabité, on croirait le musée tel qu'on le visite de nos jours. Des incohérences chagrinent le spectateur. Un noble tente de tuer bêtement le roi, lequel se défend lui-même alors qu'il a sa garde à portée de main (de voix en l'occurrence) et son chef de la sécurité incapable de le protéger correctement. Beaucoup de situations sont hautement prévisibles : la mort d'Henriette empoisonnée ou l'enlèvement du dauphin. Certains passages sont risibles.

L'homme de main du roi annonce à ce dernier qu'il a arrêté une traîtresse.

Le roi : Vous allez la torturer ?

L'homme de main : Oh non ! Elle risquerait d'y prendre plaisir. J'ai mieux pour elle.

On s'attend à quelque chose de vraiment tortueux. En fait, il l'emmène dans les bois pour la... tuer ! Wouaouh !

A part ça, le couple Philippe d'Orléans/chevalier de Lorraine est trop présent au début de la saison, même si Evan Williams qui incarne Lorraine est excellent. On notera aussi l'interprétation de Bontemps par Stuart Bowman, toujours très juste, et la très belle image d'Henriette alitée entourée d'un parterre de fleurs qu'a fait venir le roi dans sa chambre (cool d'être roi). Rien d'addictif dans tout cela.

La série tourne autour du palais de Versailles et de sa construction. Dommage qu'on ne mette pas en scène les architectes et jardiniers, Le Vau et Le Nôtre. Dommage aussi qu'on ne voie pas les artistes de la cour : Lully, Molière, etc. Dommage encore que la vie amoureuse de Louis XIV soit traitée comme une intrigue tertiaire.

Bref, une série servie par un sujet en or mais desservie par de nombreux défauts qui l'empêchent d'être une série à la hauteur de ses ambitions (solaires et royales).

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 11:56

À la tête de grandes maisons d'édition, des femmes pleines d'audace

Par Delphine Peras, publié le 10/10/2015 à 08:40

Une nouvelle génération d'éditrices françaises est en train d'éclore.

afp.com/Loic Venance

De plus en plus de femmes sont à la tête de grandes maisons. Une nouvelle génération d'éditrices qui chamboule l'univers des lettres avec des choix audacieux, radicaux parfois. Toujours enthousiasmants.

"Pas encore quadra et déjà aguerries! Femmes de lettres, elles s'y connaissent aussi en chiffres. Elles ont les pieds sur terre, la tête bien faite et bien pleine. Ces lectrices insatiables ont retroussé leurs manches et pris des risques. Parisiennes ou provinciales, toutes ne sont pas issues du sérail, loin s'en faut. Mais toutes affichent des expériences multiples, et une envie d'en découdre nourrie moins d'ambition personnelle que de passions plurielles.

Elles s'inscrivent dans cette nouvelle génération d'éditrices françaises qui ne se contentent plus d'oeuvrer dans l'ombre, bien décidées à monter au créneau pour faire évoluer un métier en pleine mutation, conquérir un lectorat volatil à l'ère du 2.0 et d'une concurrence effrénée, donner leur chance à de nouveaux talents. Sans pour autant négliger le patrimoine littéraire dont elles ont également la charge.

Sacré défi pour ces frondeuses, qui portent haut la féminisation de la profession, déjà ancienne: le beau sexe représente 90% des effectifs de l'édition, mais il lui a fallu du temps avant d'accéder aux responsabilités. La "papesse" Françoise Verny (1928-2004) avait montré la voie, notamment en lançant "les nouveaux philosophes" (BHL, Glucksmann) à la fin des années 1970. L'hiératique Italienne Teresa Cremisi, 70 ans, a transformé l'essai en devenant le n°2 de Gallimard puis le n°1 de Flammarion, où elle a enrôlé Michel Houellebecq, Christine Angot, Jean-Christophe Rufin, Yasmina Reza... D'autres ont créé une maison à leur nom et gagné une belle renommée - Anne-Marie Métailié en 1979, Viviane Hamy en 1990, Joëlle Losfeld en 1992, Sabine Wespieser en 2001.

Le plafond de verre de l'édition se fissure

Plus récemment, la relève accélère le rythme, de Cécile Boyer-Runge, 53 ans, désormais PDG des éditions Robert Laffont, à la fusée Anna Pavlowitch, 42 ans, ex-patronne de J'ai lu, qui a pris la direction du pôle littérature générale de Flammarion en janvier dernier. Celle-ci souligne: "L'édition suit l'air du temps, la montée en puissance des femmes a aussi lieu dans d'autres domaines. D'où un effet vertueux qui consiste à ne pas reproduire l'atavisme et le conservatisme: j'ai moi-même nommé plusieurs femmes, jeunes, à des postes à responsabilités. Non parce qu'il s'agit de femmes, jeunes, mais parce que je les trouve excellentes. Ce n'est pas de la discrimination positive ni du sexisme à l'envers, c'est un féminisme assumé!"

Autres exemples notables: Stéphanie Chevrier, 46 ans, fondatrice, en 2008, des très dynamiques éditions Don Quichotte, Marie-Christine Conchon, 49 ans, PDG du paquebot Univers Poche (Pocket, 10/18, Fleuve) depuis 2010, Emmanuelle Vial, 44 ans, à la tête des éditions Autrement depuis 2011, Hélène Fiamma, 45 ans, directrice éditoriale de Payot & Rivages depuis janvier 2014.

La jeune garde n'est donc pas en reste, à l'instar de Sophie de Closets, 36 ans, normalienne et agrégée d'histoire: en février 2014, alors qu'elle venait d'accoucher de son deuxième fils, la fille du célèbre journaliste François de Closets a accepté de prendre la présidence de Fayard (où elle officiait de longue date comme éditrice), maison cent cinquantenaire jamais dirigée par une femme.

Assurément, le plafond de verre de l'édition se fissure de plus en plus sous l'impulsion de ces nouvelles venues en phase avec leur génération - ultraorganisées (elles veulent voir grandir leurs enfants), sans chichis (le tutoiement facile), solidaires, complices. Avant d'en retrouver certaines au grand raout du livre de Francfort, du 14 ou 18 octobre, voici une galerie de portraits sélective et en tous genres.

Véronique Cardi, directrice générale du Livre de poche

Dire qu'à seulement 35 ans cette jolie brune enjouée, alsacienne par sa mère et corse par son père, dirige le premier éditeur français de poches! Elle n'a pas perdu de temps, depuis sa prépa littéraire, à Strasbourg, et ses études de philo, à la Sorbonne. Après un stage chez Philippe Rey, l'éditeur de Joyce Carol Oates, la voilà à pied d'oeuvre au Seuil et chez Belfond, en fiction étrangère elle parle couramment l'anglais et l'allemand. "Grâce à des éditrices formidables, j'y ai appris un savoir-faire à la fois littéraire et commercial".

En 2012, le boss de First lui propose de créer une nouvelle collection de littérature étrangère, Les Escales: la téméraire donne sa chance à un premier roman anglais, L'Ile des oubliés, de Victoria Hislop, best-seller international mais boudé par les éditeurs français à cause de son thème peu engageant - une histoire de lépreux, pensez donc. Les libraires sont emballés, le public suit, quelque 60000 exemplaires s'envolent, il s'en vendra 500000 au Livre de poche. Lequel fait alors les yeux doux à l'éditrice prodige, au point de lui tendre les clefs de la maison. Le défi plaît à l'outsider: "Le poche, c'est l'occasion de récrire la carrière d'un livre." Sa jeunesse est un avantage: "Celui de ne pas regretter un âge d'or que l'on n'a pas connu. J'ai toujours vécu avec la crise, alors je vais au-devant des lecteurs."

Sophie Charnavel, directrice éditoriale de Fayard

Elle a mis quatre ans à convaincre les époux Klarsfeld d'écrire leurs Mémoires, publiés en mars dernier par Fayard - 65000 exemplaires écoulés, des traductions dans le monde entier. "Mes livres, je vais les chercher avec les dents", admet en riant cette blonde tenace de 38 ans, originaire de la Haute-Savoie, que Sophie de Closets a tôt fait d'exfiltrer de Flammarion. Il faut dire que "la" Charnavel y a multiplié les coups: le petit manifeste de Jean-Luc Mélenchon, Qu'ils s'en aillent tous!, en 2010 - 180000 exemplaires -, les confessions de Juliette Gréco, le coup de gueule de Roselyne Bachelot, l'autobiographie délicate de Charles Berling, Aujourd'hui, maman est morte.

"Je crois aux livres transversaux, qui mêlent témoignage et qualité d'écriture." Dotée d'une belle formation - EHESS, Sciences po Paris, DESS d'édition -, d'un copieux carnet d'adresses, et passionnée par les docs, elle avait débuté au côté de Guy Birenbaum ("Il m'a appris le métier") chez Denoël puis dans la maison qu'il a fondée, Privé. "J'ai tout fait: coursier, comptable, commerciale", s'amuse encore l'éditrice, qui rejoindra ensuite Michel Lafon, puis Flammarion. "La zone de confort n'est pas mon truc!" Mais la gagne, oui: chez Fayard, Sophie Charnavel a déjà raflé les Mémoires de Michel Denisot, le témoignage de Rachel Lambert, l'enquête d'Ariane Chemin et de Vanessa Schneider sur Patrick Buisson, Le Mauvais Génie. Et ce n'est qu'un début...

Marie-Pierre Gracedieu, responsable du domaine anglo-saxon de Gallimard

Avec sa petite robe noire et ses Dr. Martens montantes, son manteau bleu turquoise effet peluche et sa casquette de gavroche, elle est rock! Et très pro, cette Auvergnate intello de 39 ans, diplômée de Sup de co, littéraire dans l'âme, anglophile accomplie (elle a été en poste au Bureau du livre français de New York), toujours à l'affût de la perle rare. Antoine Gallimard l'a bien compris, qui l'a débauchée en 2012 de Stock, où Marie-Pierre Gracedieu a passé six ans, responsable de La Cosmopolite, la fameuse collection de littérature étrangère sanctuaire des plus grands (Stefan Zweig, Virginia Woolf, Carson McCullers), que la jeune éditrice ouvre aussitôt à des plumes contemporaines, telle la Finlandaise Sofi Oksanen, Prix Femina en 2010 pour son roman Purge.

Chez Gallimard, elle n'a pas perdu le rythme, au contraire, attentive aux recommandations de ses "scouts" d'outre-Atlantique et d'outre-Manche, plus que jamais sur la brèche pour repérer une nouvelle voix. Ainsi, la jeune Britannique Jessie Burton, dont elle a publié le premier roman, l'époustouflant Miniaturiste. Ah ! oui, on oubliait: Marie-Pierre a aussi un pied dans le polar pour enrichir la collection Mercure noir. Quelle énergie !

Alice d'Andigné, responsable de la fiction française chez Stock

Ce n'est pas rien d'avoir été recrutée comme assistante éditoriale par Teresa Cremisi en 2005, chez Flammarion : pendant près d'une décennie, Alice d'Andigné a été à bonne école, et amenée à faire plancher les auteurs les plus en vue - Houellebecq, Angot, Reza... "Teresa s'est montrée vraiment généreuse avec moi, dans la transmission, elle m'a fait confiance", insiste cette grande fille toute simple de 34 ans au sourire spontané. Une Versaillaise qui n'en a vraiment pas l'air, titulaire d'un DEA de littérature comparée après une prépa littéraire, et avant de passer un an en fac à Londres.

Un premier CDD chez Grasset la met vite sur les rails; le directeur général adjoint, Manuel Carcas sonne, la repère aussitôt. Finalement, ce sera Flammarion et son cortège de célébrités. Pas trop sceptiques face à cette jeunette? "Non, ça s'est très bien passé, grâce à Teresa, justement." Aux manettes de Stock depuis 2013, Carcassonne la convainc tout de même de le rejoindre, ce qu'elle fait en janvier dernier. Depuis, Alice croule sous les manuscrits, en lit un par jour, savoure sa place. "Ecrivain, ce n'est pas un métier, c'est l'air dont certains ont besoin pour respirer. Editeur, ça, c'est un métier: le plus beau du monde !"

Charlotte Gallimard, PDG de Casterman

On la surnomme "l'héritière": arrière- petite-fille de Gaston Gallimard, fondateur de l'illustre maison qui porte son nom, l'aînée d'Antoine, l'actuel président, a été propulsée en janvier 2014 à la tête de Casterman, label mythique de la bande dessinée - Tintin, Alix, Corto Maltese, Bilal, Geluck... D'aucuns ont douté des compétences de cette cheftaine de 34 ans, n'ayant pour faits d'armes que la direction des éditions Alternatives, petite structure - quatre collaborateurs -, filiale de Gallimard qui plus est... C'est mal connaître la force de caractère de la ravissante blonde aux yeux rieurs, prompte à suivre le conseil de son père: bien se faire entourer.

Directe, simple, à l'écoute, Charlotte a tôt fait de montrer qu'elle pouvait tenir la barre du vaisseau Casterman, qui publie 300 titres par an et emploie 40 personnes. "Je ne me pose plus la question de mon nom, je vais de l'avant", assurait-elle l'année dernière à L'Express. Elle fonce, même, avec pour objectif aujourd'hui de réussir le lancement stratégique d'un nouveau Corto Maltese, en librairie depuis une semaine, et surtout d'approfondir le dialogue avec les éditions Moulinsart, ayants droit d'Hergé. Papa Antoine y tient...

Céline Thoulouze, responsable du domaine français de Belfond

"Ce métier, on l'apprend sur le tas", déclare d'emblée cette personnalité pétillante de 35 ans, originaire de Caen, où elle a étudié en khâgne et hypokhâgne, avant de décrocher un DEA de littérature comparée à la Sorbonne. Sur le tas, ce fut d'abord chez la très littéraire Sabine Wespieser - "ma maman de l'édition" -, petite maison où il faut être au four et au moulin, quatre ans durant. Changement de registre au Fleuve noir, marque du grand groupe Place des éditeurs: elle y repère Gilles Legardinier et l'impose en auteur de comédies, lui a l'idée du chat sur la couverture de ses livres. Carton plein: plus de 3 millions d'exemplaires vendus, tous titres confondus!

"J'aime la variété, notre génération n'est plus dans des cases." La preuve par son arrivée chez Belfond (même groupe), il y a un an, où Céline Thoulouze revient à une ligne plus littéraire, toujours novatrice: avec Azadi, le beau roman de Saïdeh Pakravan, lauréat 2015 du prix de la Closerie des Lilas (dont L'Express Styles est partenaire); ou encore La Petite Barbare, premier roman d'Astrid Manfredi, très remarqué en cette rentrée et déjà écoulé à 6000 exemplaires. "Maintenant, je mise sur les nouvelles, genre qu'on ne sait pas assez défendre en France. Il faut secouer le cocotier!" Un credo d'actualité. "

Sources : L'express 10/10/2015

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 16:17
La fin du livre papier n'est pas pour demain

A méditer !

"Au Royaume-Uni, les Kindle remplacées en librairie par... des livres

La chaîne britannique Waterstones ne vend plus assez de liseuses d'Amazon pour leur réserver une place sur ses étagères.

Petit à petit, les Kindle disparaissent de chez Waterstones. La grande chaîne de librairies britannique récupère les espaces utilisés pour ces liseuses pour y remettre des livres papier, explique la revue professionnelle The Bookseller. «Les ventes de Kindle restent mauvaises, justifie James Daunt, le directeur général de Waterstones. Ça ressemble beaucoup à un de ces inexplicables best-sellers : un jour vous vendez comme un malade, le lendemain vous profitez de chaque vente parce que vous savez que vous vous rapprochez du moment où vous retirerez le produit de vos étals pour toujours afin de faire de la place pour quelque chose de nouveau. Parfois, bien sûr, ces produits rebondissent, mais nous n’avons aucun signe laissant présager ça avec les Kindle pour l’instant.»

Du côté de chez Blackwell’s, un concurrent de Waterstones, même constat : les liseuses se vendent de moins en moins. Peu de clients viennent en acheter une pour la première fois, les ventes concernent plutôt des renouvellements de matériel, assure le PDG, David Prescott, à The Bookseller.

Pour le cabinet d’analyse Enders, ce n’est «pas une surprise» de voir Waterstones retirer ses Kindle. «Les liseuses pourraient devenir un des produits technologiques ayant eu la durée de vie la plus courte», prévoit l’analyste Douglas McCabe.

Au cours des 36 premières semaines de l’année 2015, les ventes de livres papier ont augmenté de 4,6% au Royaume-Uni par rapport à la même période en 2014, selon une étude de Nielsen Bookscan. C’est la première fois depuis 2007 que le marché du livre imprimé croît d’une année sur l’autre à ce stade de l’année.

Les piètres résultats de Kindle chez Waterstones ne font pas rougir Amazon pour autant. Selon un porte-parole de la société, qui commercialise les Kindle, les ventes de ces dernières continuent à augmenter au Royaume-Uni, mais aussi aux Etats-Unis et à travers le monde. Peut-être simplement les clients privilégient-ils les librairies pour les livres et Internet pour les liseuses."

Source : Libé 09/10/2015

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 17:19

Le grand romancier suédois vient de disparaître.

L'occasion de relire une interview qu'il a a accordée en 2013.


Pourquoi, en 1991, dix-huit ans après vos débuts littéraires, avez-vous décidé d'écrire des romans policiers?

Henning MANKELL. - C'est en revenant d'Afrique, à la fin des années 1980, que j'ai constaté un phénomène nouveau pour la Suède: la xénophobie. Jusqu'alors, notre société était plutôt homogène, nous vivions à l'écart de l'Europe sans en connaître les problèmes. À cause de la hausse du chômage, les émigrés sont devenus le bouc émissaire et la cible de groupes néonazis. À mes yeux, le racisme est un crime, donc il relève de la police. Qui dit police dit enquête, qui dit enquête dit officier de police. Que les choses soient claires: l'urgence à mes yeux était le sujet, pas le personnage. Je n'ai jamais écrit un livre en fonction d'un personnage.

En 1991 paraît la première enquête, Le Tueur sans visage, où votre maîtrise du genre est impressionnante. Où avez-vous appris les règles?

Le roman policier est le plus ancien genre littéraire. Il remonte aux Grecs. Souvenez-vous Médée tuant ses enfants ou Macbeth, meurtrière et suicidée. J'ai travaillé dans cette tradition-là.

Comment expliquez-vous que Wallander soit l'un des héros les plus populaires de l'histoire du polar?

C'est un homme ordinaire dans un monde ordinaire. Quelqu'un qui se trompe mais ne baisse jamais les bras. Il a des défauts mais j'ai décidé qu'il ne serait jamais cynique, le pire à mes yeux. C'est quelqu'un qui se remet sans cesse en question, qui s'interroge et affronte ses démons. À sa troisième enquête, j'ai décidé qu'il serait diabétique et cette maladie l'a encore plus rapproché de ses lecteurs.

Pourquoi avoir décidé en 2009 de mettre fin à ses aventures et, comme vous l'avez dit, de «tuer la poule aux oeufs d'or»?

J'ai arrêté d'écrire sur lui quand j'ai trouvé que cela ne m'intéressait plus. C'eut été manquer de respect pour le lecteur et pour moi de continuer. Les seuls romans que j'écris sont ceux que je veux lire. L'arrêt de la série ne m'a fait perdre aucun lecteur. Dans beaucoup de pays, on ne me voit pas comme un auteur de polar. Ce genre littéraire ne représente aujourd'hui que 25 % de mon oeuvre. Mais c'est vrai, la série Wallander est la locomotive pour mes autres livres.

Est-il vrai que vous avez abandonné un livre de la série?

Oui, j'avais écrit la moitié d'un roman dans lequel j'abordais la question de la pédophilie. Le sujet était si éprouvant que je n'ai pu aller au bout et j'ai détruit le manuscrit, je l'ai brûlé. Avec le recul je me dis que j'aurais peut-être dû l'achever. Pour en revenir à Wallander, je vous signale qu'il en existe un autre inédit, La Main, que j'ai écrit en 1991 à la demande des éditeurs hollandais qui voulaient offrir une courte fiction à leurs lecteurs. Il n'a jamais été publié et le sera dans le monde entier dans les prochains mois.

Vous allez faire le bonheur de millions de lecteurs dans le monde! Vous souvenez-vous de vos héros d'enfance?

Pour moi, le meilleur roman jamais écrit est Robinson Crusoé. L'idée est géniale: le personnage est seul mais le lecteur est avec lui sur l'île pour l'aider. Je le relis régulièrement. Tout comme Le Vieil Homme et la Mer, qui est un souvenir magnifique. Là aussi, on est seul avec le héros, assis à côté de lui dans le bateau. J'avais neuf ans quand je l'ai lu. J'étais trop jeune pour tout comprendre mais je ne l'ai jamais oublié et c'est sans doute à ce moment que j'ai décidé qu'un jour j'écrirais des histoires. Plus tard, j'ai adoré Balzac et La Comédie humaine, excellent pour comprendre la bourgeoisie, Zola aussi et Hugo avec Les Misérables.

Dans le dernier Wallander, L'Homme inquiet, le commissaire se souvient être allé dans sa jeunesse en stop à Paris. Comme vous?

J'avais quinze, seize ans quand j'y suis venu pour la première fois. Avec peu d'argent en poche et une terrible rage de dents! Quand on voulait devenir artiste, c'était une étape obligatoire. Pendant six mois, j'ai travaillé dans une échoppe où l'on nettoyait des instruments de musique. C'était à Belleville et j'habitais à la porte de Versailles. C'était épuisant mais ce fut mon université à moi. Je n'ai pas écrit une ligne durant ces mois, j'essayais surtout de survivre! Ça a été un moment très important de ma vie. Paris, j'y suis revenu en Mai 1968. C'était une période très confuse. J'avais le sentiment qu'ensemble les gens pouvaient faire quelque chose. C'était important et romantique. Et j'en garde la trace... sur la tête après le coup de matraque d'un policier!

Après, vous vous êtes engagé dans la marine marchande, vous avez voyagé et découvert l'Afrique, votre seconde patrie...

L'Afrique, c'était le bout du monde quand j'étais enfant. J'avais des rêves d'évasion conradien. Quand je suis arrivé en Guinée-Bissau et que sur mon passeport on a imprimé un tampon portugais, cela m'a choqué. J'ai été en Zambie puis au Mozambique. C'est grâce à l'Afrique que j'ai pu mieux comprendre l'Europe. Depuis j'ai partagé ma vie entre l'Afrique et la Suède. Un pas dans le sable, un dans la neigel

Mars 2013, Le Figaro littéraire

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 09:14
Techniques d'écriture : annonces et fausses pistes

A priori, utiliser des annonces et des fausses pistes peut sembler contradictoire. En effet, vous allez utiliser les annonces en deux temps. C'est un procédé que l'on appelle "preparation/payment" dans les techniques d'écriture de scénario. Vous annoncez une action ou un événement en introduisant un élément dans votre histoire. Par exemple, vous montrez que votre personnage collectionne les armes à feu. Plus tard, un autre de vos personnages utilise une de ses armes pour l'assassiner. Si c'était le collectionneur qui les utilisait, ce serait trop téléphoné.

Maintenant, voyons ce qu'il se passe si vous souhaitez introduire des fausses pistes dans votre histoire.

Dans Mrs Miniver de William Wyler, par exemple, film de guerre, on s'attend à ce qu'un personnage meure, normal, c'est un film de guerre. La personne la plus exposée est le seul soldat du film. C'est renforcé par la crainte de sa femme qui voudrait qu'il reste à la maison.

En fait, à la fin, c'est elle qui meurt dans un raid aérien.

Ainsi,vous constatez que l'histoire nous prépare à la mort d'un personnage (le soldat), mais il s'agit d'une fausse piste. Et le dénouement par la mort de son épouse répond à l'annonce de la mort, en utilisant le procédé de l'annonce (preparation/payment).

Et vous, comment utilisez-vous ces techniques ?

(Remerciements à K.M. Weiland)
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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 08:49

Quand on voit la teneur de cet article daté du 24, on constate que la situation n'a guère évolué depuis un an. Alors, les maisons d'édition, toujours à la traîne ?

Edition 24/09/2015 à 18h39

Sur le Net, sans filtre, ils « réinventent la littérature »

Marine Couturier | Journaliste

La Toile fourmille d’apprentis écrivains. Certains tapent dans l’œil de grandes maisons d’édition, d’autres viennent directement frapper à leur porte. Et parfois, l’aventure se poursuit sur le papier.

Le tremplin du Web ne sert pas qu’aux apprentis chanteurs et graines d’humoristes. Les écrivains en herbe aussi se servent d’Internet pour publier leurs textes, en espérant peut-être se faire repérer.

Réseaux sociaux, blogs, plateformes et sites d’auto-édition sont autant de supports à leur disposition pour exposer leur production. De l’autre côté de l’écran, certains éditeurs scrutent le Web à la recherche de nouveaux talents.

Livres volants (jarmoluk/Pixabay)

Joue-la comme Anna

Le succès d’Anna Todd, auteure de la saga littéraire « After », a dû en inspirer plus d’un ces derniers mois. Avec plus d’un milliard de vues sur Wattpad, une plateforme d’auto-édition en ligne, la jeune Américaine a été repérée et signée par Simon & Schuster, un (gros) éditeur américain. Elle a aujourd’hui vendu plusieurs centaines de milliers de livres à travers le monde.

Loin des chiffres stratosphériques d’outre-Atlantique, certains de nos petits Français arrivent tout de même à s’extraire du Web pour être signés chez de grands éditeurs.

C’est le cas par exemple d’Aurélie Valognes, auteure de « Mémé dans les orties ». Son histoire paraît d’ailleurs presque sortie d’un livre.

C’est en juillet 2014 qu’elle met son roman en ligne sur Kindle, la plateforme d’Amazon. Après avoir fait lire son ouvrage à ses proches, elle cherchait à recueillir l’avis d’autres personnes. En quelques semaines, « Mémé dans les orties » s’envole dans le classement d’Amazon : top 100 puis rapidement le top 20 et même le top 10 français. Les avis positifs se multiplient et Aurélie décide de passer à la vitesse supérieure. Elle nous raconte :

« J’ai pris confiance en moi et j’ai envoyé mon manuscrit à des éditeurs. Au bout d’une semaine, j’avais déjà reçu une proposition d’une maison d’édition qui voulait me signer. »

La même semaine, elle est sollicitée par Michel Lafon à qui elle n’avait même pas envoyé son manuscrit. Elle décide alors de s’engager avec cette dernière maison d’édition. C’est Florian Lafani, éditeur et responsable des éditions numériques de la maison, qui la prend sous son aile. Pour lui, Internet permet de découvrir de potentiels auteurs avec lesquels il n’aurait jamais été en contact. Mais que l’auteur envoie son manuscrit ou se signale via le Net, son travail d’éditeur reste le même :

« Il s’agit de trouver de nouvelles voix et de leur donner une audience qu’on espère la plus grande possible. Le Net est une zone supplémentaire à défricher : ça reste un océan immense dans lequel plusieurs dizaines de textes sont publiés par jour. »

Fouiller le Web

Si Florian Lafani constate aujourd’hui que les auteurs viennent de plus en plus vers les maisons d’édition après une première expérience en ligne, cela ne l’empêche pas de fouiller lui-même le Web. Et d’avoir parfois le nez fin.

Agnès Martin-Lugand, auteure du livre « Les gens heureux lisent et boivent du café », est elle aussi d’abord passée par l’auto-édition sur Amazon avant d’être contactée par Florian Lafani. Son roman a aujourd’hui été vendu à plus de 300 000 exemplaires et le producteur américain Harvey Weinstein en a acquis les droits cinématographiques.

Dans une moindre mesure, « Mémé dans les orties » d’Aurélie Valognes a aussi eu son petit succès. La jeune femme annonce 25 000 ventes sur Amazon et un chiffre qui a doublé depuis sa signature chez Michel Lafon. Dans son cas, l’auto-édition lui a donné une légitimité qui lui a permis de faire accepter certains choix :

« Ça donne du poids à l’auteur. Ça permet aussi de modifier le rapport de force au moment de la signature du contrat. Me concernant, j’ai pu négocier chaque point. »

Les blogueurs aussi

Nathanaël Rouas ne partage pas tout à fait cet avis, même s’il reconnaît l’importance du soutien des internautes. Lui a sorti chez Robert Laffont « Le Bomeur », un livre issu de son Tumblr éponyme où il dresse le portrait des bobos chômeurs.

« C’est certain que la notoriété qu’on peut avoir aide pour le premier rendez-vous. Mais rien n’est gagné, il faut encore beaucoup travailler avant de pouvoir être édité. »

Pour Florian Lafani, le succès en ligne de l’auteur peut être rassurant mais ne fait pas tout. Il arrive parfois que le passage vers le papier ne réussisse pas. Pourquoi ? Difficile à savoir. Le marché culturel reste aléatoire et énigmatique sur ce qui va marcher ou pas.

« Il arrive que des auteurs vendent beaucoup de textes en auto-édition mais pas en papier, tout simplement parce que le comportement des lecteurs n’est pas le même. »

Chasseuse de trésors

Alexandrine Duhin, la trentaine, est éditrice chez Fayard et travaille beaucoup sur le numérique. Comme beaucoup de personnes de sa génération, les nouvelles technologies font partie de son quotidien. Il est donc naturel pour elle de les utiliser aussi dans sa démarche professionnelle.

La jeune femme a notamment travaillé avec Titiou Lecoq sur « Sans télé, on ressent toujours le froid », une adaptation du blog de la romancière. C’est elle aussi qui se cache derrière « Alors voilà : les 1001 vies des Urgences », imaginé à partir d’un blog, celui de Baptiste Beaulieu, à l’époque interne en médecine. C’est en lisant un article du Monde.fr qu’elle découvre son travail. Elle est convaincue d’avoir sous les yeux la plume d’un véritable auteur. Elle contacte aussitôt l’étudiant en médecine qui accepte sa proposition. C’était la seule intéressante, nous confie-t-il :

« J’ai été contacté par plusieurs maisons d’édition, mais j’ai choisi Fayard, car c’est la seule qui ne me proposait pas un simple copier-coller de mon blog. »

L’auteur et l’éditrice imaginent ensemble la trame du livre, qui reprend seulement quelques posts du blog. Ils construisent une narration, une histoire, qui met en lumière le style et la personnalité de l’écrivain, sa capacité à mettre de la poésie dans les situations les plus dures vécues à l’hôpital. « Alors voilà : les 1001 vies des Urgences » se vend à près de 50 000 exemplaires et est traduit dans plus d’une quinzaine de pays. Les droits sont aussi cédés à l’audiovisuel.

Son deuxième ouvrage et premier roman, « Alors vous ne serez plus jamais triste », une pure fiction hospitalière, est sorti il y a quelques mois. Il est déjà traduit en plusieurs langues.

Alexandrine Duhin passe de longues heures derrière son écran, à la recherche de « pépites », comme elle les appelle. Elle peut aussi compter sur une communauté de prescripteurs qui lui font remonter des choses qu’ils trouvent intéressantes.

Pour elle, une bonne plume peut se trouver n’importe où, y compris dans les manuscrits qu’elle reçoit et qu’elle prend aussi le temps de lire. Mais Internet a quand même ce petit quelque chose de particulier :

« Sur le Net, il n’y a pas de filtre, j’aime quand c’est brut de décoffrage. Ces personnes-là réinventent la littérature. Il y a une vraie sincérité dans leurs écrits, c’est ce qui me touche. »

Peur de la concurrence en ligne

La bande dessinée n’échappe pas, elle non plus, à ce phénomène. En tant qu’illustratrice, Aude Massot ne remerciera jamais assez le Net pour lui avoir permis de sortir « Québec Land », une BD qu’elle a réalisée avec Pauline Bardin et Edouard Bourré-Guilbert, scénaristes.

Leur aventure a d’abord commencé sur Delitoon, un site web gratuit de publication de bande dessinée numérique créé par Didier Borg. Très vite, les lecteurs se multiplient, jusqu’à atteindre 200 000. Le trio décide alors de tenter sa chance avec les maisons d’édition. Après avoir essuyé un refus de Casterman, « Québec Land » est finalement édité chez Sarbacane. Aude Massot :

« Le Web est un appui déterminant. C’est une enquête marketing gratuite pour les éditeurs. Pour nous, c’est sûr que ça a facilité les choses. »

Pour autant, Sarbacane a joué la carte de la prudence. L’éditeur a demandé à ce que les versions en ligne soient retirées par peur de la « concurrence déloyale ».

Cette méfiance des maisons d’édition « classiques » n’étonne pas Didier Borg, également éditeur chez Casterman. Pour cet homme qui a beaucoup voyagé en Asie, le modèle français n’a pas encore fait la transition vers le numérique et continue de considérer que l’édition papier garde un caractère supérieur.

« Penser mobilité »

Il ne propose pas que le numérique remplace le papier, mais plutôt de vivre avec son temps :

« Penser numérique c’est forcément penser mobilité. Dans le métro par exemple, la BD c’est tout sauf pratique. En revanche si on la transpose sur le smartphone, là c’est autre chose. Il faut repartir des usages pour définir la manière dont on va lire. »

Certains éditeurs aux Etats-Unis, où le marché est plus avancé, envisagent déjà l’avenir du libre sur le mobile.

Didier Borg regrette qu’aujourd’hui, pour gagner sa vie, un auteur se doive de sortir son livre en version papier. Pour lui, une voie numérique complémentaire devrait exister. Dans la nouvelle version de Delitoon, prévue courant janvier, il envisage de faire payer le lecteur épisode par épisode, à la manière d’une série que l’on regarderait en VOD.

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:34

Un article qui date de l'an dernier mais toujours d'actualité.

Révolution 16/10/2014 à 11h15

En passant par Amazon, votre premier roman a une chance de cartonner

Claire Richard | Journaliste

En France, un tiers des meilleures ventes sur la plateforme Kindle sont des auteurs autopubliés, devant Trierweiler ou Carrère. Qui sont ces nouveaux phénomènes de l’édition ?

Le Danbo d’Amazon, près d’un Kindle (Zaho ! /Flickr/CC)

Vous n’avez jamais entendu parler d’elle, mais ces jours-ci, elle vend plus d’eBooks sur Amazon que Valérie Trierweiler, Patrick Modiano ou Emmanuel Carrère.

Sur Kindle, la plateforme de livres numériques d’Amazon.fr, « Mémé dans les Orties », le premier roman d’Aurélie Valognes, figure dans les dix ouvrages les mieux vendus en France, loin devant les livres d’auteurs pourtant bien plus connus qu’elle.

« Mémé dans les Orties » est, selon son auteure, « un feel good roman » (comme on parle d’un « feel good movie ») : il met en scène les tribulations d’un vieillard bougon ragaillardi par ses voisins, une fillette de 10 ans et une grand-mère ultra-geek. Aurélie Valognes raconte, d’une voix joyeuse et précipitée, la genèse de son roman :

« C’était un rêve depuis très longtemps. L’année dernière, j’ai déménagé à Milan. Je n’avais pas de travail et j’ai profité de cette période pour écrire mon premier roman. C’est sorti tout seul, je l’ai fini en quelques mois. En juillet, je me suis dit : “Bon, maintenant, qu’est-ce que je fais de ce document Word ?” »

Couverture vichy fait maison

C’est d’abord la rapidité du processus d’autoédition qui la séduit.

« J’ai pensé à l’envoyer aux maisons d’éditions traditionnelles, mais il allait falloir attendre six mois, pour une réponse probablement négative... Et mon roman est léger, divertissant : l’été était la période idéale pour le lire. »

« Mémé dans les orties » de Aurélie Valognes

La jeune femme se tourne alors vers la plateforme Kindle d’Amazon. Le processus de mise en ligne est très rapide, et la jeune femme fait tout elle-même, du design de la couverture (un fond vichy rouge pour bien se « démarquer sur la page blanche »), au choix du prix.

« Là, j’ai fait beaucoup de recherches. J’ai choisi 2,99 euros par livre, parce que c’est le prix le plus bas proposé par Amazon pour pouvoir, en tant qu’auteur, toucher 70% des revenus des ventes.

C’est le “business model” qui fonctionne le mieux. Et ça me faisait un peu mal au cœur de le mettre à moins d’1 euro. Ça n’est pas encore ancré dans les têtes des lecteurs, qu’un livre puisse coûter moins de 1 euro. »

Elle indexe son roman dans la catégorie « humour ». Et attend de voir ce qui se passe.

« Ça a été lent au début. Puis au bout de trois semaines, ça s’est emballé. Je suis entrée dans le top 100 des eBooks en août. »

Un Mooc pour apprendre à écrire

Très vite, elle prend goût à l’adrénaline de pouvoir regarder les statistiques des ventes de ses romans en direct.

« Parfois ça se met à monter très vite ! Grâce au bouche-à-oreille. Quelqu’un qui a aimé, qui le conseille à sa famille, à ses amis... »

Ce mercredi 15 octobre, « Mémé dans les orties » a déjà été vendu, selon son auteure, à 8 500 exemplaires (un premier roman imprimé se vend en moyenne entre 500 et 800 exemplaires).

Marilyse Trécourt vient pour sa part de publier « Au-delà des apparences » avec Librinova (une plateforme d’autoédition qui propose aux auteurs de publier leurs livres pour 50 euros). C’est « un roman avec des sentiments, de la psychologie, et une pointe de surnaturel », qu’elle a mis en ligne le 2 août et qui s’est déjà vendu à 800 exemplaires.

Après avoir remporté plusieurs concours de nouvelles, qui l’ont encouragée à écrire, elle suit un Mooc (un cours universitaire en ligne) intitulé « Rédiger une œuvre de fiction » et s’inscrit à un concours pour publier un roman en ligne.

« J’ai écrit mon roman en quatre mois. J’ai gagné et c’est comme ça que je me suis retrouvée sur Librinova. La question de l’autoédition ne s’est même pas posée : ça s’est fait tout seul. »

Accro aux stats de vente

Elle aussi a tout fait seule, du choix de la couverture à la correction orthographique (« j’ai pu utiliser un logiciel à mon bureau, heureusement ! »). Comme Aurélie Valognes, Marilyse Trécourt est devenue accro à ses statistiques de vente. Elle reconnaît en riant :

« Oui je regarde tous les jours ! Au début je me disais “le jour où j’en aurai vendu 120, ce sera un miracle”. Et là, plus de 800, c’est fou ! Je pense que ça ne serait pas arrivé s’il avait été en papier. Ç’aurait été juste un livre parmi d’autres. »

Les deux auteures soulignent un autre point : le contact direct et rapide avec les lecteurs, et la gratification de savoir que des inconnus aiment leur travail.

« J’ai mis mon adresse e-mail à la fin du livre. Et quand je reçois un message de quelqu’un qui a adoré, c’est vraiment fantastique », dit Aurélie Valognes.

Entre 25% et 30% des auteurs de Kindle qui se vendent le mieux sur Amazon en France n’ont pas d’éditeurs et se sont autopubliés. C’est ce qu’a annoncé Marie-Pierre Sangouard, d’Amazon France, lors d’une rencontre au Labo de l’édition – une structure parisienne créée par la Ville de Paris pour « accompagner les acteurs traditionnels dans leur adaptation aux enjeux du numérique ».

Auteur à part entière

Il y a peu d’études sur l’autoédition en France. L’une d’entre elle a été menée en 2013 par l’entreprise Books on Demand, une plateforme d’autoédition, sur 2 000 auteurs autoédités.

  • pour 86,3% des auteurs interrogés, l’autoédition était la seule possibilité de publier un ouvrage, leurs livres ayant été refusés par les maisons d’édition ;
  • pour 42% des auteurs néanmoins, c’est aussi un choix délibéré vis-à-vis des maisons d’édition traditionnelles (35,3% d’entre eux ont déjà publié avec des éditeurs traditionnels) ;
  • les auteurs se tournent vers l’autoédition pour la simplicité d’usage (73,7%), la liberté qu’ils gardent vis-à-vis de leur contenu (68,4%), le plaisir (47,9%) et le contrôle des droits d’auteurs (47,4%).

Pour autant, la légitimité n’est pas encore la même : seul un auteur autoédité sur deux (53,7%) se considère comme un auteur à part entière.

Thriller, érotique et science-fiction

« Aux Etats-Unis, le phénomène est plus ancien, mais en France ça explose vraiment depuis deux ans, et ça continue d’augmenter. »

C’est ce qu’explique Charlotte Allibert, qui a longtemps travaillé dans l’édition numérique avant se tourner vers l’autoédition et de cofonder Librinova.

Du côté du Labo de l’édition, Nicolas Rodelet dresse un parallèle avec le secteur de la musique :

« Il y a déjà beaucoup de producteurs indépendants, sur YouTube par exemple. »

Charlotte Allibert explique que l’autoédition concerne surtout certains genres :

« C’est surtout de la “littérature de genre” : des romances, du thriller, un peu d’érotique, de la science-fiction qui marche le mieux. On a aussi de la littérature sentimentale et pas mal de témoignages. »

Repéré par Michel Lafon

En ce sens, l’autoédition semble plutôt compléter que concurrencer l’édition traditionnelle. Plutôt que de penser l’autoédition et l’édition traditionnelle comme deux ennemis, la vieille garde contre la jeune garde, les barbares contre les puristes, il faut plutôt les voir comme deux éléments d’un grand écosystème, entre lesquels existent des passerelles et des tremplins.

L’autoédition permet aux éditeurs traditionnels de repérer des talents et de voir en temps réel ce que les lecteurs veulent lire. Beaucoup d’éditeurs guettent de près le succès des eBooks et proposent des publications aux auteurs autoédités qui se vendent le mieux.

C’est notamment le cas de « Les gens heureux lisent et boivent du café », un livre numérique autoédité en 2012 par Agnès Martin-Lugand. En mois de trois mois, il se vend à plus de 8 500 exemplaires et est repéré par Michel Lafon. Il s’est aujourd’hui vendu à plus de 100 000 exemplaires et a été traduit dans vingt pays.

Aurélie Valognes, pour sa part, a rapidement été contactée par des éditeurs espagnols qui voulaient acheter les droits, ce qui l’a encouragée à présenter son manuscrit à de grosses maisons.

« Certains très grands m’ont recontactée, et m’ont dit qu’ils étaient intéressés. Voir que le livre s’est déjà vendu les rassure. »

« Il faudrait enlever ce chapitre »

Aujourd’hui, elle hésite entre « deux grosses maisons » qui se disputent la publication de son roman. Ce qui la séduit le plus, dans l’édition traditionnelle, c’est de travailler... avec un éditeur, quelqu’un qui l’aide à améliorer son texte.

« Un éditeur m’a dit “j’aime beaucoup le livre, mais il faudrait pouvoir entrer plus vite dans l’histoire, enlever ce chapitre, par exemple”. Ça c’est génial, de n’être plus tout seul devant son livre. »

Abandonnera-t-elle l’autoédition pour son deuxième roman ?

« Je reste attachée à Amazon. Je viens de l’autoédition et je ne veux pas lui tourner le dos, comme si j’en avais honte. Et j’aime la proximité qu’on peut avoir avec les lecteurs. Mais j’aime aussi être accompagnée, avoir ce soutien, ce dialogue avec un éditeur. La question reste ouverte... »

Pour Marilyse Trécourt, le but ultime reste quand même d’être éditée par une grande maison.

« La finalité, c’est le format papier. Je l’ai envoyé à six grandes maisons, j’attends des réponses. »

Mais en attendant, elle a d’ores et déjà autoédité un recueil de nouvelles.

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